Anesthésie et analgésie des oiseaux et des reptiles  
Gestes techniques
Généralités
La réalisation des gestes et leurs spécificités chez les serpents, les lézards et les tortues sont présents dans les sestions Particularités.
Intubation
Contrairement aux mammifères, les reptiles n’ont pas d’épiglotte, la glotte est quant à elle fermée sauf pendant la respiration.  
La paroi trachéale est fine et fragile (MADER and DIVERS, 2014). C’est pourquoi il faut être vigilant si on utilise une sonde endotrachéale à ballonnet car le mucus de la trachée peut être facilement endommagé par une pression excessive dans le ballonnet, provoquant ainsi des lésions ischémiques (FERREIRA, 2006; MADER, 2006).  
Prélèvements sanguins
Chez les reptiles, le volume sanguin représente 7 à 11% du poids du corps, ce qui est plus faible que chez les mammifères. C’est pourquoi il faudra éviter de prendre plus que 0,6 à 1% du poids lors d’un prélèvement sanguin (HEBERT and BULLIOT, 2014). 
Avant toute prise de sang, il faut veiller à désinfecter le site car il y a risque d’abcédation de la zone (MADER, 2006). 
Mise en place d’un cathéter intraveineux
Pour leur mise en place, il est nécessaire d’effectuer une incision cutanée au préalable car la visualisation des veines n’est la plupart du temps pas possible chez les reptiles.
C’est pourquoi il faudra commencer par une sédation ou une anesthésie locale. Une préparation aseptique de la zone est également réalisée (MADER, 2006).
Voies d’administration des traitements
Les différentes voies utilisables sont les voies intraveineuse, intramusculaire, sous cutanée et intra-cœlomique (BALLARD and CHEEK, 2010). 
Chez toutes les espèces, on évitera les injections dans la partie caudale du corps à cause du système porte rénal, même s’il n’y a pas de consensus sur son impact clinique à l’heure actuelle (MEREDITH and JOHNSON-DELANEY, 2010). 
 
Voie intramusculaire 

La voie intramusculaire est à la fois efficace et pratique.  
C’est la voie utilisée préférentiellement pour l’administration d’agents anesthésiques car elle est à la fois rapide, pratique par rapport à la voie intraveineuse, et moins variable que la voie sous-cutanée (MADER and DIVERS, 2014). 
 
Voie sous-cutanée 

C’est une voie à réserver au cadre d’une réhydratation légère à modérée.
En effet, la faible vascularisation de l’espace sous-cutané rend l’absorption des substances injectées plus longue et plus variable que lors d’une injection intramusculaire (MADER and DIVERS, 2014). 
Cependant, cela reste une voie intéressante car elle est utilisable en de nombreux sites, elle permet également l’injection de plus grands volumes comparée à la voie intramusculaire (SAUVAGET et al., 2013). 
L’aiguille est toujours placée entre deux écailles.
On n’injecte pas plus de 10mL/kg/site (VARGA et al., 2012). 
 
Voie intra-cœlomique 

La voie intra-cœlomique est surtout utilisée dans le cadre d’une réhydratation (SAUVAGET et al., 2013). 
La voie intra-cœlomique est à réaliser avec précaution pour ne pas endommager les organes sous-jacents lors des injections.
En effet, c’est une voie avec laquelle le risque de perforation des intestins, de la vessie, ou de l’appareil reproducteur est non négligeable (MADER and DIVERS, 2014).  
C’est pourquoi lors de l’injection, il faut aspirer avant d’injecter et si un fluide ou du sang est présent, on enlève l’aiguille, on la change et on réessaye (MEREDITH and JOHNSON-DELANEY, 2010). 
Il ne faut pas administrer des volumes trop grands par cette voie à cause du risque de compression des poumons et donc de difficultés respiratoires, il ne faut pas dépasser 3% du poids du reptile (VARGA et al., 2012). 
 
Voie orale 

L’administration de médications per os pourrait être intéressante lors d’affection chronique car les reptiles peuvent rapidement devenir intolérants aux injections.
Cependant cette voie n’est pas utilisable à cause du transit très lent et imprévisible de ces espèces (MADER and DIVERS, 2014). 
Mise en place d’un cathéter intra-osseux
Cette voie peut être envisagée si aucun accès veineux n’est possible, chez les lézards et éventuellement chez les tortues.
L’efficacité de l’administration des traitements par cette voie est comparable à la voie intra veineuse (MADER, 2006).
Etapes générales de la pose d’un cathéter intra-osseux
(MADER, 2006; MEREDITH and JOHNSON-DELANEY, 2010)
  • Sédation ou anesthésie générale suivant l’état du reptile
  • Préparation aseptique de la zone  
  • Anesthésie locale 
  • Maintien de l’os fermement dans une main, pendant que l’autre applique une pression franche dans l’axe de l’os, une légère rotation est imprimée au cathéter 
  • Après le passage de la corticale, l’avancée doit se faire avec peu ou pas de résistance, s’il y en a, on est au contact de la corticale et il faut réorienter l’aiguille 
  • Flush du cathéter avec un soluté hépariné 
  • Fixation du cathéter à la peau, pose d’un pansement.  
  • Contrôle radiographique avec deux clichés orthogonaux 
Avant la mise en place d’un cathéter intra osseux, il faut évaluer le rapport bénéfice-risque, car cette procédure peut entraîner un certain nombre de complications, comme une perte de mobilité ou encore une ostéomyélite.
Il faut également veiller à administrer un traitement antalgique car c’est une procédure douloureuse (MADER, 2006; VARGA et al., 2012). 
Un cathéter intra-osseux ne doit pas être laissé en place plus de 72h à cause du risque infectieux (MARTINEZ-JIMENEZ and HERNANDEZ-DIVERS, 2007). 
BIBLIOGRAPHIE
BALLARD, B., CHEEK, R., (2010). Exotic animal medicine for the veterinary technician. 2nd edition. Wiley-Blackwell, 484p. 

FERREIRA, X., (2006). L’anesthésie des reptiles. Nouv. Prat. vét. canine féline, Volume 26, 75‑78.  

HEBERT, F., BULLIOT, C., (2014). Guide pratique de médecine interne chien, chat et NAC. 4ème édition. Paris : Editions Méd’com, 812p. 

MADER, D. R., (2006). Reptile medicine and surgery. 2nd edition. St Louis : Saunders Elsevier, 1242p. 

MADER, D. R., DIVERS, S.J., (2014). Current therapy in reptile medicine and surgery. Edinburgh : Saunders Elsevier, 461p. 

MARTINEZ-JIMENEZ, D., HERNANDEZ-DIVERS, S.J., (2007). Emergency Care of Reptiles. Veterinary Clinics of North America: Exotic Animal Practice, Volume 10, N°2, 557‑585. 

MEREDITH, A., JOHNSON-DELANEY, C., (2010). BSAVA Manual of exotic pets. 5th edition. Quedgeley : BSAVA, 414p. 

SAUVAGET, S., DEVAUX, L., RISI, E., (2013). Les injections chez les reptiles. Pratique Vétérinaire, Volume 107, 38‑41.  

VARGA, M., LUMBIS, R., GOTT, L., (2012). BSAVA Manual of exotic pet and wildlife nursing. Gloucester : BSAVA, 304p. 
Le site "Anesthésie et Analgésie des oiseaux et des reptiles" a été réalisé dans le cadre d'une thèse vétérinaire soutenue par C.Noirot.  
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