Anesthésie et analgésie des oiseaux et des reptiles  
Induction
Généralités
Induction par un agent volatil
Avantages  

C’est un type d’induction qui a peu d‘avantages chez les reptiles.
Chez les lézards de taille petite à moyenne, une induction directe au gaz anesthésique est envisageable (SAWYER, 2008). 
Cette méthode peut cependant être utile pour les animaux dont la manipulation est impossible (WEST et al., 2007). 
 
Inconvénients  

Ils sont très largement utilisés chez les mammifères à cause de leur faible métabolisation par le foie et les reins ainsi qu’un contrôle de l’anesthésie aisée.  
Cependant, le shunt cardiaque des reptiles peut causer une diminution de la perfusion dans les poumons, et alors la concentration obtenue dans le sang et le cerveau n’est pas forcément le reflet de celle inhalée.
Cela peut donc entraîner des changements rapides et imprévisibles dans la profondeur de l’anesthésie, ou au contraire une induction lente et des réveils retardés. Cela peut être pallié chez les reptiles en faisant varier la concentration en gaz anesthésiques (MADER, 2006). 
De plus, l’utilisation de masques ou de cages à induction peut s’avérer difficile du fait de leur capacité à utiliser un métabolisme anaérobie et entrer en apnée pour des périodes plus ou moins longues (SLADKY and MANS, 2012).  
Le retard à l’induction est moins marqué chez les serpents et les lézards que chez les tortues (MOSLEY, 2005). 
 
Induction au masque, chambre à induction ou autres 

Les reptiles peuvent être induits au gaz avec un masque facial adapté à la taille de ceux-ci ou dans une cage à induction.  
Cependant, ces techniques demandent d’utiliser des concentrations élevées en gaz, et donc d’en gaspiller.
De plus, on obtient une induction longue et imprévisible, à cause de leur capacité à entrer en métabolisme anaérobie (FERREIRA, 2006; MEREDITH and JOHNSON-DELANEY, 2010). 
 
Agents utilisés 
  • Halothane 
C’est un gaz qui est de moins en moins utilisé, et qui prend plus de temps pour atteindre une concentration efficace dans l’encéphale, il nécessite donc un temps plus long que l’isoflurane pour l’induction mais aussi pour le réveil.  
Il est à l’origine d’une bradycardie et d’une diminution du volume courant étant à l’origine d’une acidose (MULOT, 2000). 
De plus, il est déconseillé de l’utiliser seul car il induit souvent une phase d’excitation de quelques minutes à l’induction (FIRMIN, 2001). 
  • Isoflurane 
L’induction à l’isoflurane dure de 5 à 10 minutes chez les reptiles (CARPENTER, 2005).  
Le réveil est rapide, il dure 10 à 30 minutes.
L’induction ainsi que le réveil sont plus longs que chez les mammifères ou les oiseaux car leur métabolisme basal est beaucoup plus faible (MULOT, 2000). 
Il induit des effets cardiopulmonaires, c'est-à-dire une tachycardie ou une bradycardie mineures, ainsi qu’une dépression respiratoire, et il présente peu de toxicité rénale et hépatique (MADER, 2006).  
Il est connu pour causer des baisses de la pression artérielle chez le python royal et l’iguane vert, cet effet étant dose dépendant (SLADKY and MANS, 2012). 
Il possède une grande marge de sécurité chez les reptiles.  
  • Sévoflurane 
Il permet une induction et un réveil plus rapide qu’avec l’isoflurane, respectivement de 3 à 5 minutes et de 10 à 30 minutes (WEST et al., 2007).  
Il limite les apnées car son odeur est moins âcre.
Il possède également moins d’effets indésirables que l’isoflurane (MULOT, 2000). 

Agent Volatil

Induction (%)

Maintenance (%)

Remarques

Halothane 4,5,7,8

3 à 6

 

1 à 3

Induction plus longue

Phase d’excitation

Effets indésirables nombreux

Isoflurane 1,2,3,4,6,7

 

3 à 5

1.5 à 4

Dépresseur cardiovasculaire et respiratoire mineure

Odeur âcre

Sévoflurane 1,3,4

 

 

7 à 8

2.5 à 4.5

Action plus rapide

Moins d’effets dépresseurs

Inodore

Tableau des concentrations en agents volatils chez les reptiles

1.(SLADKY and MANS, 2012) ; 2.(MADER, 2006) ; 3.(MADER and DIVERS, 2014) ; 4.(MEREDITH, 2015) ; 5.(FIRMIN, 2001) ; 6.(MULOT, 2000) ; 7.(CARPENTER, 2005) ; 8.(MORAILLON et al., 2010)

 

Induction par un agent injectable
Avantages  

Pour les reptiles, on choisira préférentiellement d’induire grâce à un agent anesthésique injectable, puis de maintenir l’anesthésie à l’aide d’un gaz anesthésique (FERREIRA, 2006). 
Si aucun accès veineux n’est disponible, on utilisera la voie intramusculaire ou sous-cutanée, qui peut prendre 30 à 60 minutes pour agir (FIRMIN, 2001). 
 
Une grande variété de protocoles anesthésiques existe chez les reptiles, cela à cause de la diversité d’espèces concernées.
De fait, il est recommandé d’utiliser des protocoles faisant intervenir plusieurs substances, ce qui permet de diminuer les doses nécessaires par rapport à un protocole faisant appel à une seule molécule.
De plus, l’utilisation de substances réversibles est intéressante car elle permet un réveil plus rapide (SLADKY and MANS, 2012). 

Inconvénients  

Beaucoup de facteurs font varier l’induction, le réveil et l’efficacité des anesthésiques chez les reptiles : l’espèce, le site d’injection, une maladie sous-jacente, la déshydratation, la température corporelle, une gestation (SLADKY and MANS, 2012). 
 
Molécules utilisées 
  • Kétamine 
La kétamine fait partie des agents dissociatifs, elle permet un état d’hypnose avec dissociation du cortex et du thalamus. Elle a un mode d’action complexe et agit notamment au niveau des récepteurs NMDA
Seule, son action analgésique et la myorelaxation qu’elle induit sont insuffisantes, et le réveil peut être très prolongé, surtout si de fortes doses sont utilisées, jusqu’à 90 mg/kg, pouvant durer jusqu’à 7 jours (FIRMIN, 2001; WEST et al., 2007).  
Elle est cependant plutôt sécuritaire chez les reptiles et peut être administrée pour l’induction par voie intraveineuse ou intramusculaire, avec pour cette voie un pic d’action au bout de 30 minutes (WEST et al., 2007). 
Chez les reptiles, elle peut entraîner une dépression respiratoire, une hypertension, et une tachycardie (MULOT, 2000).  
Des dosages plus importants peuvent être à l’origine d’une apnée, d’une bradycardie, une hypoventilation et même d’un arrêt cardiorespiratoire (FIRMIN, 2001). 
Elle est contre indiquée chez les insuffisants rénaux (FERREIRA, 2006). 

  • α2-agonistes 
Leur mode d’action ainsi que les effets indésirables sont décrits dans la sous-partie Sédation et prémédication. 

 
  • Associations à base de kétamine 
    • Ketamine-α2-agoniste 
Cette association est préférable à l’utilisation de la kétamine seule à haute dose, elle permet une anesthésie profonde sans effet secondaire important (MULOT, 2000). 
En effet, cette association est à l’origine d’une augmentation modérée de la pression artérielle, d’une hypercapnie et d’une hypoxémie modérées également (MOSLEY, 2005). 
Cela permet une réversion partielle de l’anesthésie avec de l’atipamézole, ainsi qu’une diminution des doses utilisées, pour une sécurité accrue et un réveil plus rapide de 15 à 45-70 minutes (CARPENTER, 2005). 

  • Propofol 
Il a une action sur les récepteurs GABA, et permet la dépression du système nerveux central.  
C’est la molécule la plus utilisée chez les reptiles.
Il est utilisé seul dans le cas de procédures rapides comme la pose d’une sonde d’alimentation œsophagienne ou le traitement d’un abcès buccal.
Il peut aussi être utilisé avec un gaz anesthésique, il sert alors d’inducteur et permet une intubation endotrachéale.
Il n’a pas d’effet analgésique (SLADKY and MANS, 2012). 
L’immobilisation obtenue est fiable et l’induction douce et rapide, entre 1 et 5 minutes par administration intraveineuse, par exemple dans la veine coccygienne ventrale, et sa durée d’action est courte, de 10 à 25 minutes.
Une injection péri-vasculaire n’a pas d’effet, cependant elle ne sera pas à l’origine d’une nécrose comme avec les barbituriques (MADER, 2006; WEST et al., 2007). 
Il induit une dépression cardiovasculaire qui est dose dépendante, ainsi qu’une dépression respiratoire d’autant plus importante qu’il est administré rapidement, c’est pourquoi il vaut mieux l’injecter lentement en effectuant une titration à effet, sur 30 à 60 secondes (SLADKY and MANS, 2012). 

  • Alfaxalone 
C’est une molécule stéroïde neuroactive. Elle a une action hypnotique de par son interaction avec les récepteurs GABA
C’est un anesthésique de courte durée, environ 10 à 20 minutes, pouvant aller jusqu’à 40 minutes (MULOT, 2000).  
Elle est utilisée comme alternative à l’utilisation du propofol, c'est-à-dire comme agent inducteur avant un relai au gaz anesthésique, et à l’avantage de pouvoir être injectée par voie intramusculaire ou intraveineuse de manière équivalente (WEST et al., 2007). 
L’induction ainsi que le réveil sont calmes et rapides
Chez les mammifères, la dépression respiratoire et cardiovasculaire est dose dépendante et mineure.
Il y a peu de données sur ses effets indésirables chez les reptiles (SHEPARD et al., 2013). 
BIBLIOGRAPHIE
CARPENTER, J. W., (2005). Exotic animal formulary. 3rd edition. St Louis; Edinburgh : Saunders Elsevier, 564p. 

FERREIRA, X., (2006). L’anesthésie des reptiles. Nouv. Prat. vét. canine féline, Volume 26, 75‑78.  

FIRMIN, Y., (2001). Chirurgie des reptiles. L’anesthésie des reptiles : des particularités d’espèces. Point vétérinaire, Volume 32, N°221, 40‑43.  

MADER, D. R., (2006). Reptile medicine and surgery. 2nd edition. St Louis : Saunders Elsevier, 1242p. 

MADER, D. R., DIVERS, S.J., (2014). Current therapy in reptile medicine and surgery. Edinburgh : Saunders Elsevier, 461p. 

MEREDITH, A., (2015). BSAVA small animal formulary. 9th edition. Part B - Exotic pets. Gloucester : BSAVA, 338p. 

MEREDITH, A., JOHNSON-DELANEY, C., (2010). BSAVA Manual of exotic pets. 5th edition. Quedgeley : BSAVA, 414p. 

MORAILLON, R., LEGEAY, Y., BOUSSARIE, D., SENECAT, O., JOSSIER, R., ROYER, D., (2010). Dictionnaire pratique de thérapeutique chien, chat et NAC. 7ème édition. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson, 909p. 

MOSLEY, C., (2005). Anesthesia and Analgesia in Reptiles. Seminars in Avian and Exotic Pet Medicine, Volume 14, N°4, 243‑262. 

MULOT, B., (2000). Anesthésie et analgésie des reptiles. In : Encyclopédie Vétérinaire - Anesthésie-Réanimation. Paris : Elsevier, 600. 

SAWYER, D. C., (2008). The practice of veterinary anesthesia: small animals, birds, fish and reptiles. Jackson : Teton New Media, 384p. 

SHEPARD, M.K., DIVERS, S., BRAUN, C., HOFMEISTER, E.H., (2013). Pharmacodynamics of alfaxalone after single-dose intramuscular administration in red-eared sliders (Trachemys scripta elegans): a comparison of two different doses at two different ambient temperatures. Veterinary Anaesthesia and Analgesia, Volume 40, N°6, 590‑598. 

SLADKY, K.K., MANS, C., (2012). Clinical Anesthesia in Reptiles. Journal of Exotic Pet Medicine, Volume 21, N°1, 17‑31. 

WEST, G., HEARD, D., CAULKETT, N., (2007). Zoo animal and wildlife. Immobilization and anesthesia. Oxford : Blackwell Publishing, 718p. 
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