Anesthésie et analgésie des oiseaux et des reptiles  
Particularités anatomiques et physiologiques
Généralités
Système respiratoire
Contrairement aux mammifères, les reptiles n’ont pas d’épiglotte, la glotte est quant à elle fermée sauf pendant la respiration. L’intubation est relativement aisée chez les reptiles. 
La paroi trachéale est fine et fragile chez les reptiles (MADER and DIVERS, 2014). 
 
L’organisation des poumons reste beaucoup plus simple que chez les mammifères, donc beaucoup moins efficace (SLADKY and MANS, 2012). 
 
Du fait de l’absence de diaphragme, la respiration s’effectue grâce à d’autres structures anatomiques, l’inspiration et l’expiration sont la plupart du temps toutes deux actives, c’est pourquoi elles sont déprimées par une anesthésie et par la myorelaxation induite par celle-ci (WEST et al., 2007). 
 
La fréquence et l’amplitude respiratoire sont régulées par le taux d’oxygène et de dioxyde de carbone dans le sang, mais aussi par la température environnementale.  
Une oxygénation importante inhibe la respiration spontanée alors qu’une hypercapnie la favorise (MADER, 2006). 
 
Les reptiles ont la particularité de pouvoir respirer de manière épisodique, c'est-à-dire de prendre plusieurs respirations suivies de périodes d’apnée (MOSLEY, 2005). 
Ils sont capables de supporter ces apnées pendant des périodes relativement importantes.  
Cela leur est possible grâce à un métabolisme anaérobie, un shunt cardiaque, mais aussi grâce à leur capacité de tampon de l’acide lactique (SLADKY and MANS, 2012). 
Système cardiovasculaire
Chez les reptiles, le cœur est composé de 3 cavités : un seul ventricule et 2 atriums.  
Le ventricule est divisé partiellement, par un septum intraventriculaire incomplet appelé saillie musculaire ou Muskelleiste, en 2 chambres appelées le cavum pulmonale et le cavum dorsale (MULOT, 2000). 
 
Cela conduit à un mélange du sang oxygéné et du sang non oxygéné
Ce shunt peut être de droite à gauche ou de gauche à droite et est plus ou moins important selon l’espèce considérée, il est faiblement présent chez les varans par exemple.  
La direction du shunt permettrait de favoriser la circulation générale et ainsi permettre une meilleure diffusion de la chaleur à l’organisme, mais aussi d’éloigner le sang de la circulation pulmonaire en cas d’apnée. Les mécanismes de contrôle de ce shunt ne sont pas totalement élucidés à l’heure actuelle (MADER, 2006). 
Ce mélange de sang veineux et artériel a un impact sur l’absorption et l’élimination des agents anesthésiques volatils, pouvant ainsi modifier la durée de l’induction, et du réveil. Les valeurs de gazométrie sanguine peuvent aussi être modifiées et difficiles à interpréter (BALLARD and CHEEK, 2010). 

Les reptiles possèdent également un système porte rénal, qui est composé d’une veine porte crâniale et d’une veine porte caudale présentes ventralement au rein. (MEREDITH and JOHNSON-DELANEY, 2010)  
Une valve, située au niveau de la jonction entre la veine iliaque externe et la veine rénale efférente, est régulée par le système parasympathique et sympathique.  

Schéma simplifié de l’anatomie du système porte rénal (inspiré par MADER, 2006)
Une stimulation cholinergique serait à l’origine de la fermeture de la valve et du passage du sang de la partie caudale du corps directement dans le rein
Une stimulation adrénergique permettrait l’ouverture de la valve, et de court-circuiter le rein, le sang passant directement dans la veine cave caudale (SLADKY and MANS, 2012).
Ce système permettrait une perfusion des tubules rénaux en dépit d’une baisse du flux sanguin dans les glomérules, comme en cas de déshydratation par exemple (MITCHELL and TULLY, 2009).
 
L’existence de ce système impliquerait donc une clairance plus importante des molécules à excrétion rénale et on aurait également un risque accru lors de l’utilisation de molécules néphrotoxiques (MADER, 2006).
C’est pour cela qu’il est recommandé d’éviter l’administration de substances dans la moitié caudale du corps des reptiles (MADER and DIVERS, 2014; MULOT, 2000). 
 
Cependant, l’impact clinique de cette particularité reste une énigme et un sujet à débat car il ne semble pas y en avoir chez toutes les espèces de reptiles (MADER, 2006). 
Système digestif
Une longue période de jeûne pré anesthésique n’est généralement pas nécessaire chez les reptiles, en effet les régurgitations sont rares (MULOT, 2000).
Thermorégulation
Les reptiles sont poïkilothermes : ils sont dépendants du milieu extérieur pour réguler leur température (SLADKY and MANS, 2012). 
Pour un métabolisme optimal, la température doit être maintenue à la température moyenne préférée ou température optimale (MADER, 2006). 
Même si la température est optimale pour le métabolisme, il reste réduit d’un dixième à un tiers par rapport à celui d’un mammifère de taille équivalente (MOSLEY, 2005). 
Au-delà de 38°C, la vie de la plupart des reptiles est menacée (MARTINEZ-JIMENEZ and HERNANDEZ-DIVERS, 2007). 
 
Le maintien de la température est primordial lorsqu’on envisage une anesthésie sur un reptile car celle-ci influe sur le métabolisme et la vitesse d’excrétion des agents utilisés (MADER and DIVERS, 2014). 
L’hypothermie ralentit le métabolisme, diminue la consommation d’oxygène et augmente le temps d‘induction et de réveil (MULOT, 2000).  
Une hypothermie prédispose à un retard de cicatrisation, et à une baisse du système immunitaire (MOSLEY, 2005). 
Le site "Anesthésie et Analgésie des oiseaux et des reptiles" a été réalisé dans le cadre d'une thèse vétérinaire soutenue par C.Noirot.  
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