Anesthésie et analgésie des oiseaux et des reptiles  
Prémédication et sédation
Généralités
Prémédication et sédation
Prémédication 

La prémédication est utilisée pour faciliter la contention, la cathéterisation intraveineuse et réduire le stress lors de la contention.
Elle permet aussi de diminuer la quantité d’anesthésique utilisé par la suite, et donc les effets secondaires.
Enfin, elle intervient dans le cadre de l’analgésie multimodale lors d’acte invasif ou douloureux (SLADKY and MANS, 2012). 
Pour les reptiles, la prémédication est d’autant plus importante qu’ils sont sujets aux apnées lors d’induction avec un gaz anesthésique, et elle permet de limiter cette réponse (BALLARD and CHEEK, 2010).
Cela est d’autant plus vrai chez les espèces de tortues aquatiques (MITCHELL and TULLY, 2009). 
 
Sédation  

Un animal sédaté doit avoir une respiration spontanée et répondre à une stimulation particulièrement douloureuse.  
Si on associe une sédation à une anesthésie locale ou une rachianesthésie, on a la possibilité de réaliser une procédure chirurgicale ou invasive, ce qui nécessiterait une anesthésie générale autrement.  
Cela permet également d’obtenir une moindre dépression cardiovasculaire, un réveil plus rapide et des complications anesthésiques plus faibles (SLADKY and MANS, 2012). 
La sédation est cependant surtout utilisée pour la réalisation d’examens complémentaires à but diagnostique (MADER and DIVERS, 2014). 
Molécules utilisées
L’acépromazine semblerait être très peu voire pas efficace chez les reptiles (MOSLEY, 2005).
L’utilisation de l’acépromazine en tant que prémédication à la dose de 0.1 à 0.5mg/kg est décrite chez les chéloniens, elle n’a cependant pas d’effet analgésique et très peu d’effet sédatif (ALVES-JUNIOR et al., 2012). 
 
Benzodiazépines
 
Le midazolam et le diazépam ont des propriétés sédatives, anxiolytiques et myorelaxantes. Ils agissent essentiellement en tant qu’agoniste des récepteurs GABA (SLADKY and MANS, 2012). 
Le midazolam, utilisé seul, entraîne une sédation très variable mais qui peut être suffisante pour des procédures mineures. Celui-ci peut être administré par voie sous cutanée, intramusculaire ou intraveineuse contrairement au diazépam pour lequel les voies intramusculaire et sous cutanée sont non recommandées (MOSLEY, 2005). 
Ces molécules peuvent être reversées par le flumazenil, mais il est peu utilisé car onéreux
Une benzodiazépine utilisée seule entraîne une sédation légère, c’est pourquoi si l’on a besoin d’une sédation plus profonde, on l’associe souvent à la kétamine, un α2-agoniste ou un opioïde (MADER, 2006). 
Les benzodiazépines ont peu d’effets indésirables décrits chez les reptiles. 
 
α2-agonistes 

Ils stimulent les récepteurs adrénergiques α2, diminuant ainsi la libération de noradrénaline et la stimulation du système nerveux sympathique. 
La xylazine, la médétomidine et la dexmédétomidine sont utilisées pour leur effet sédatif, la myorelaxation qu’ils induisent, et pour l’effet analgésique qu’ils semblent avoir chez les reptiles (BALLARD and CHEEK, 2010). 
Ces molécules induisent une dépression cardiovasculaire dose dépendante chez les reptiles, se traduisant par une bradycardie, une bradypnée voire une apnée et une hypotension.
Ces effets sont plus marqués avec la xylazine.
La variabilité et l’imprévisibilité des effets de ces molécules ainsi que leurs nombreux effets indésirables font qu’on les utilisera rarement seuls chez les reptiles (SLADKY and MANS, 2012). 

L’avantage de cette famille de molécules étant la réversion possible par l’atipamézole, qui peut être très rapide, de 30 à 60 minutes.
L’atipamézole permet notamment une réversion de la bradycardie induite par la médétomidine. Il faut être vigilant lors de son utilisation car la réversion implique aussi l’analgésie.  
 
Kétamine 

La kétamine est surtout utilisée en association avec d’autres molécules pour l’induction. C’est pourquoi son mode d’action et ses effets indésirables sont décrits dans la sous-partie Induction. 
Cependant, elle peut être utilisée à faible dose en tant que prémédication ou sédation, en association avec d’autres molécules surtout.
Elle permet aussi une légère analgésie chez les mammifères, bien qu’elle n’ait pas été démontrée chez les reptiles (SLADKY and MANS, 2012). 
 
Tiletamine/ Zolazepam 

La tiletamine est un agent dissociatif, comme la kétamine, et elle est associée à une benzodiazépine, le zolazepam.  
Cette association est utilisée pour la sédation, l’induction de l’anesthésie ou comme aide pour l’intubation (MULOT, 2000).  
Son efficacité analgésique n’est pas suffisante pour une chirurgie ou un acte douloureux (MITCHELL and TULLY, 2009). 
C’est un produit à réserver aux espèces de grande taille, pour faciliter les manipulations, et il est déconseillé de l’utiliser en routine sur les reptiles pour l’anesthésie.  
Ce produit donne en effet des résultats très variables avec un retard au réveil important, avec des effets indésirables proches de ceux causés par la kétamine (SLADKY and MANS, 2012). 
Elle est contre indiquée chez les reptiles déshydratés, ou souffrant de désordres métaboliques ou rénaux.
Lors de traitement à l’ivermectine, cet anesthésique est à proscrire (FERREIRA, 2006). 
 
Propofol  

Le propofol peut être utilisé à des doses infra-anesthésiques, en tant qu’agent de prémédication ou de sédation
La description du mode d’action et des effets indésirables est dans la sous-partie Induction, en effet c’est une molécule surtout utilisée lors de celle-ci. 
 
Opioïdes 

Les opioïdes sont utilisés en tant que prémédication dans le cadre de la gestion préventive de la douleur, lors de procédures douloureuses.  
Les doses, modes d’action et effets indésirables sont décrits dans la sous-partie Analgésie. 
 
Anticholinergiques : Atropine et Glycopyrrolate 

Ces molécules étaient utilisées pour diminuer les sécrétions salivaires et bronchiques
L’utilisation d’atropine ou de Glycopyrrolate est cependant déconseillée car elle augmente la viscosité des sécrétions et donc le risque d’obstruction de la sonde endotrachéale lors d’intubation.
Leur utilisation peut être intéressante en cas de bradycardie (MULOT, 2000). 
 
Les posologies des différentes molécules utilisées sont détaillées dans des tableaux disponibles dans les sections Particularités correspondantes. 
BIBLIOGRAPHIE
ALVES-JUNIOR, J.R.F., BOSSO, A.C.S., ANDRADE, M.B., JAYME, V., WERTHER, K., SANTOS, A.L.Q., (2012). Association of acepromazine with propofol in giant Amazon turtles Podocnemis expansa reared in captivity. Acta Cirúrgica Brasileira / Sociedade Brasileira Para Desenvolvimento Pesquisa Em Cirurgia, Volume 27, N°8, 552‑556. 

BALLARD, B., CHEEK, R., (2010). Exotic animal medicine for the veterinary technician. 2nd edition. Wiley-Blackwell, 484p. 

FERREIRA, X., (2006). L’anesthésie des reptiles. Nouv. Prat. vét. canine féline, Volume 26, 75‑78.  

MADER, D. R., (2006). Reptile medicine and surgery. 2nd edition. St Louis : Saunders Elsevier, 1242p. 

MADER, D. R. et DIVERS, S.J., (2014). Current therapy in reptile medicine and surgery. Edinburgh : Saunders Elsevier, 461p. 

MITCHELL, M. A., TULLY, T.N., (2009). Manual of exotic pet practice. St Louis : Saunders Elsevier, 546p. 

MOSLEY, C., (2005). Anesthesia and Analgesia in Reptiles. Seminars in Avian and Exotic Pet Medicine, Volume 14, N°4, 243‑262. 

MULOT, B., (2000). Anesthésie et analgésie des reptiles. In : Encyclopédie Vétérinaire - Anesthésie-Réanimation. Paris : Elsevier, 600. 

SLADKY, K.K., MANS, C., (2012). Clinical Anesthesia in Reptiles. Journal of Exotic Pet Medicine, Volume 21, N°1, 17‑31. 
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