Anesthésie et analgésie des oiseaux et des reptiles  
Soins per-opératoires et
complications

Soins per opératoires
Pour les espèces possédant des paupières et qui gardent les yeux ouverts pendant la chirurgie, il faut veiller à l’hydratation oculaire pour éviter les ulcérations cornéennes. 
 
Au cours de l’anesthésie, une fluidothérapie préventive peut être mise en place au débit de 2 à 10mL/kg/h (MADER, 2006). 
 
Le reptile doit être maintenu à la zone de température optimale correspondant à son espèce, car cela conditionne la réponse aux agents anesthésiques utilisés (SAUVAGET et al., 2008). 

Les systèmes permettant de maintenir la température du reptile sont les suivants :  
  • Système de réchauffement d’air type Warmtouch© : Il permet de souffler de l’air chaud dans une couverture percée de pores qui permettent un réchauffement de l’air autour de l’animal. C’est le système le plus efficace
  • Tapis chauffants électriques ou à circulation d’eau chaude : ils sont posés entre la table et le reptile, il est nécessaire de mettre un tissu ou une alèze entre le tapis et l’animal. Il faut faire attention au risque de brûlure et il est nécessaire de le mettre en route au préalable pour qu’il ait le temps de chauffer. 
  • Lampes chauffantes : elles ne sont utilisables que lors de l’hospitalisation, et peuvent être à l'origine d'une déshydratation
  • Bouillotes : elles sont peu efficaces et impliquent un risque non négligeable de brûlure. Si on en utilise, il est nécessaire de placer un tissu entre celle-ci et l’oiseau pour limiter le risque de brûlure (FERREIRA, 2006; MADER, 2006).
Cependant il faut être particulièrement vigilant au risque d’hyperthermie et de brûlure qui est majoré par l’hypo perfusion périphérique causée par les agents anesthésiques (WEST et al., 2007). 

     

Photographies des systèmes de réchauffement utilisables :
Warmtouch©, tapis chauffant et lampe chauffante 
Complications per opératoires
Il y a peu de données sur la réanimation cardio-respiratoire chez les reptiles. 
 
Il a été montré que même après un arrêt respiratoire de plusieurs heures, accompagné de l’absence de battement cardiaque perceptible, et avec un soutien adapté : chaleur, oxygène et fluides, un reptile peut récupérer.
C’est possible grâce à leur capacité à passer à un métabolisme anaérobie (MARTINEZ-JIMENEZ and HERNANDEZ-DIVERS, 2007).  

C’est pourquoi il ne faut pas déclarer l’animal mort prématurément et le placer dans un environnement favorable et voir si la rigidité cadavérique apparaît. Il faut également savoir qu’un reptile mort dégage très rapidement une odeur cadavérique (FIRMIN, 2001; MAYER and DONNELLY, 2013). 
 
Dépression respiratoire 

Une apnée de 5 à 10 minutes peut avoir lieu sans effet délétère chez les reptiles (WEST et al., 2007).
On prendra les mêmes mesures que chez les mammifères : on diminue la concentration en gaz anesthésique, et on ventile l’animal à la fréquence de 4 à 6 mouvements par minute
L’utilisation de doxapram lors d’arrêt ou de dépression respiratoire est discutée car son efficacité n’est pas prouvée.  
 
Dépression cardio-vasculaire 

En cas d’hypotension, le débit de la fluidothérapie peut être augmenté, la concentration en gaz anesthésique diminuée et on peut également utiliser des boli de cristalloïdes
 
Lors de bradycardie sévère, de l’atropine pourra être administrée (MADER and DIVERS, 2014). 
 
Les principes généraux de la réanimation lors d’arrêt cardio-respiratoire établis chez les mammifères sont valables chez les reptiles, on manque cependant de données concernant les molécules et les doses à utiliser.
On utilisera le principe ABCD : Airway, Breathing, Circulation, Drugs (MADER and DIVERS, 2014). 
On utilisera de l’adrénaline lors d’arrêt cardiaque comme chez les mammifères. 
Cependant, il y a peu de réussite de réanimation chez les reptiles, et la plupart décèdent dans les 24h qui suivent (MITCHELL and TULLY, 2009). 

Molécule

Indication

Doses

Voie d’administration

Doxapram

(Stimulant respiratoire central)

Arrêt respiratoire

4-12mg/kg 3,5,6

IV, IM, IO

Adrénaline

(Sympathomimétique)

Arrêt cardiaque

0.5 mg/kg 1,2,5,6

IV, IO

1 mg/kg 1,2,5,6

IT

Atropine

(Anticholinergique)

Bradycardie

Arrêt cardiaque

0.01-0.04mg/kg 1,4,5,6

IM, IV

0.1-0.5mg/kg 2,3,5

IM, IV, IO, IT

Posologies des molécules d’urgence chez les reptiles

1.(MEREDITH, 2015) ; 2.(MITCHELL and TULLY, 2009) ; 3.(MEREDITH and JOHNSON-DELANEY, 2010) ; 4.(VARGA et al., 2012) ; 5.(CARPENTER, 2005) ; 6.(MARTINEZ-JIMENEZ and HERNANDEZ-DIVERS, 2007)

 

BIBLIOGRAPHIE
CARPENTER, J. W., (2005). Exotic animal formulary. 3rd edition. St Louis; Edinburgh : Saunders Elsevier, 564p. 

FERREIRA, X., (2006). L’anesthésie des reptiles. Nouv. Prat. vét. canine féline, Volume 26, 75‑78.  

FIRMIN, Y., (2001). Chirurgie des reptiles. L’anesthésie des reptiles : des particularités d’espèces. Point vétérinaire, Volume 32, N°221, 40‑43.  

MADER, D. R., (2006). Reptile medicine and surgery. 2nd edition. St Louis : Saunders Elsevier, 1242p. 

MADER, D. R., DIVERS, S.J., (2014). Current therapy in reptile medicine and surgery. Edinburgh : Saunders Elsevier, 461p. 

MARTINEZ-JIMENEZ, D., HERNANDEZ-DIVERS, S.J., (2007). Emergency Care of Reptiles. Veterinary Clinics of North America: Exotic Animal Practice, Volume 10, N°2, 557‑585. 

MAYER, J., DONNELLY, T.M., (2013). Clinical veterinary advisor. Birds and exotic pets. Edinburgh : Elsevier, 752p. 

MEREDITH, A., (2015). BSAVA small animal formulary. 9th edition. Part B - Exotic pets. Gloucester : BSAVA, 338p. 

MEREDITH, A., JOHNSON-DELANEY, C., (2010). BSAVA Manual of exotic pets. 5th edition. Quedgeley : BSAVA, 414p. 

MITCHELL, M. A., TULLY, T.N., (2009). Manual of exotic pet practice. St Louis : Saunders Elsevier, 546p. 

SAUVAGET, S., HOLOPHERNE, D., RISI, E., (2008). Méthode de surveillance de l’anesthésie chez les reptiles. Point vétérinaire, Volume 39, 16‑17.  

VARGA, M., LUMBIS, R., GOTT, L., (2012). BSAVA Manual of exotic pet and wildlife nursing. Gloucester : BSAVA, 304p. 

WEST, G., HEARD, D., CAULKETT, N., (2007). Zoo animal and wildlife. Immobilization and anesthesia. Oxford : Blackwell Publishing, 718p. 
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